L’Europe veut devenir une puissance de l’intelligence artificielle, mais les machines qui feront tourner ses futurs modèles seront, pour l’essentiel, fabriquées ailleurs. C’est le constat dressé par la Global Electronics Association (GEA), une organisation professionnelle du secteur électronique, dans un rapport consacré à la chaîne d’approvisionnement des centres de données européens.
Moins de 10 % du gâteau pour les entreprises européennes
Les chiffres avancés par l’association sont sans appel. Sur le marché des semi-conducteurs destinés aux centres de données de l’Union, les sociétés dont le siège est dans l’UE ne pèsent que 6 %. Leur part tombe à 7 % pour la fabrication et l’assemblage de serveurs, et atteint à peine 8 % dans les infrastructures cloud. Autrement dit, l’un des plus gros marchés mondiaux pour l’infrastructure IA profite surtout à des fournisseurs étrangers.
Le paysage industriel explique ce déséquilibre : Taïwan domine la fabrication de puces sous contrat et produit la plupart des processeurs les plus avancés, souvent conçus par des entreprises américaines. La mémoire est tenue par des acteurs sud-coréens et américains, les grands fabricants de serveurs sont presque tous américains (le chinois Lenovo faisant figure d’exception), tout comme les spécialistes du réseau et du stockage.
Profiter de la vague des data centers
Le moment est pourtant jugé décisif. Le Cloud and AI Development Act, le texte européen consacré au développement du cloud et de l’IA, vise à au moins tripler la capacité des centres de données de l’Union d’ici cinq à sept ans. Selon la GEA, cette demande sans précédent en serveurs, systèmes électroniques et composants doit servir de levier pour bâtir une véritable filière locale, plutôt que d’alimenter les carnets de commandes asiatiques et américains.
L’association estime que les serveurs, tirés par les besoins de l’IA, sont devenus depuis 2024 le principal moteur de croissance de toute l’industrie électronique, et pourraient dépasser d’ici 2030 les smartphones et l’électronique automobile. Elle plaide donc pour une stratégie « de bout en bout » : soutenir des maillons isolés, comme les usines de puces, ne suffira pas. Cartes électroniques, sous-traitance d’assemblage, encapsulation avancée et substrats doivent aussi entrer dans le champ de la politique industrielle, en complément du Chips Act 2.0.
Le rapport admet toutefois que l’Europe ne pourra pas y arriver seule. Il recommande d’utiliser l’attractivité du marché européen pour convaincre les géants mondiaux d’installer des usines sur le continent, en partenariat avec des entreprises et des laboratoires locaux. Une approche fondée sur les incitations plutôt que sur les droits de douane, à l’inverse de la méthode choisie par Washington pour relocaliser son industrie. Reste à savoir si les Vingt-Sept auront la volonté collective de réduire une dépendance technologique aussi profonde.
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