Le gouvernement australien veut permettre à chacun de couper les recommandations automatiques sur les réseaux sociaux. Le projet a été déposé au Parlement cette semaine et prévoit d’obliger les plateformes à proposer un mode où l’on ne voit que les publications des comptes que l’on suit.
Un devoir de vigilance pour les plateformes
Cet « interrupteur à algorithme » est la mesure phare d’une loi plus large, le Digital Duty of Care. Elle imposerait aux services en ligne (réseaux sociaux, sites de jeux, agents conversationnels) de garantir, autant que raisonnablement possible, un environnement sûr. Les mineurs devraient être protégés des contenus et fonctionnalités jugés nuisibles, comme la pornographie ou les contenus encourageant les troubles alimentaires. Les adultes seraient protégés contre une liste plus étroite de contenus gravement préjudiciables. Les infractions pourraient coûter jusqu’à 100 millions de dollars australiens, soit environ 60 millions d’euros.
L’initiative part d’une campagne citoyenne, « Fix Our Feeds », portée par l’activiste Chanel Contos et soutenue par plus de 15 000 signatures. Celle-ci réclamait que les algorithmes soient désactivés par défaut. Le gouvernement a retenu une version plus souple : le réglage devra être clairement visible, mais il ne sera pas coupé d’office.
Le précédent européen invite à la prudence
Le défi sera la mise en œuvre. Depuis 2023, l’Union européenne impose déjà des fils sans recommandations, mais les plateformes les ont rendus peu pratiques : sur Instagram, par exemple, désactiver l’algorithme fait perdre l’accès aux messages privés et aux paramètres, et le fil algorithmique revient dès que l’on quitte l’application. Seuls les Pays-Bas ont obtenu mieux, après qu’un tribunal a jugé Meta en infraction au règlement européen sur les services numériques. Canberra promet que le mode « abonnements uniquement » ne sera ni moins fonctionnel ni réinitialisé sans choix explicite de l’utilisateur.
Les critiques ne manquent pas. Des partis de droite australiens et l’administration Trump redoutent une modération excessive et de la censure ; la ministre des Communications, Anika Wells, répond que chacun pourra continuer à suivre et à publier ce qu’il veut. Les grandes plateformes n’ont pas commenté, mais le patron d’Instagram, Adam Mosseri, a affirmé qu’un fil sans algorithme montrerait moins de contenus d’amis.
L’adhésion du public reste partagée : selon un sondage récent, près de la moitié des Australiens désactiveraient leur algorithme, contre un tiers seulement des jeunes de la génération Z. Par ailleurs, l’interdiction des réseaux sociaux aux enfants, déjà en vigueur, peine à produire ses effets : la plupart des jeunes concernés y seraient toujours et aucune amende n’a encore été prononcée.






