Un appel, une voix familière, un proche qui se dit kidnappé et une rançon à verser au plus vite. C’est le scénario dont a été victime, il y a environ deux ans, le grand-père de Tarini Padmanabhuni. Il a payé avant de découvrir que son frère n’avait jamais été en danger : la voix au bout du fil avait été fabriquée par une intelligence artificielle. De cette mésaventure est née DetectifAI, une jeune pousse installée à San Francisco qui veut rendre ces imitations repérables en temps réel. « Ce qui m’a marquée, ce n’est pas l’argent, c’est qu’il n’avait aucun moyen de faire la différence », résume sa fondatrice.
Une détection embarquée plutôt que dans le cloud
Le marché de la détection de voix synthétiques compte déjà de nombreux acteurs, parmi lesquels Reality Defender, Pindrop, Resemble AI ou encore Microsoft. Mais selon Tarini Padmanabhuni, leurs outils fonctionnent sur des serveurs distants, ce qui empêche les fabricants de smartphones de les intégrer nativement. DetectifAI prend le chemin inverse : plutôt que de miniaturiser de gros modèles, l’entreprise dit concevoir dès le départ des modèles compacts, capables de tourner dans le système d’exploitation du téléphone. L’objectif est de signaler instantanément une voix artificielle pendant un appel ou dans un message vocal, sans que l’enregistrement ne quitte l’appareil.
La start-up vise d’abord les constructeurs, à qui elle compte vendre des licences pour son kit de développement. Sa fondatrice imagine que la détection de deepfakes deviendra un argument commercial aussi banal que la qualité de l’appareil photo. Des licences destinées aux entreprises et aux spécialistes de la lutte contre la fraude doivent constituer une seconde source de revenus.
Des premiers clients en Inde
DetectifAI affirme déjà générer du chiffre d’affaires : son système analyserait plus de 100 000 appels par mois pour des établissements financiers indiens, en vérifiant à chaque fois l’identité des interlocuteurs. Les noms des clients restent confidentiels. Un test mené sur WhatsApp permet aussi à des utilisateurs de soumettre des messages vocaux suspects pour savoir s’ils sont authentiques. Côté financement, l’entreprise n’a levé pour l’instant qu’un modeste tour d’amorçage.
L’enjeu dépasse largement le cas d’une famille. Selon le FBI, les Américains ont perdu près de 900 millions de dollars dans des escroqueries utilisant l’IA l’an dernier, soit 24 % de plus qu’en 2024, et les plus de 60 ans ont perdu deux fois plus que les 50-59 ans. Pour les personnes âgées, cibles privilégiées de ces arnaques, un voyant d’alerte directement sur le téléphone pourrait faire toute la différence.
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Image : Ehimetalor Unuabona becomeincognito, CC0, via Wikimedia Commons






