Un nez effilé démesuré, un cockpit repoussé si loin vers l’arrière que le pilote ne voit rien devant lui et doit se fier à une caméra : le X-59 de la NASA ne ressemble à aucun autre avion. Cet appareil expérimental, assemblé par Lockheed Martin et qui a pris l’air pour la première fois en 2025, s’attaque à un problème vieux de plusieurs décennies : le bang supersonique.
Faire taire le mur du son
C’est ce vacarme qui avait cantonné le Concorde franco-britannique aux trajets au-dessus des océans, le privant notamment des liaisons intérieures aux États-Unis. Le long museau du X-59 est conçu pour étaler l’onde de choc et la transformer en simple bruit sourd. Selon Peter Coen, responsable du programme et 43 ans de carrière à la NASA, l’avion devrait sonner à Mach 1, soit environ 1 060 km/h à l’altitude de croisière d’un avion de ligne, « comme une portière de voiture que l’on ferme de l’autre côté de la rue ». L’appareil franchit désormais le mur du son au-dessus de villes américaines sélectionnées, pendant que des enquêtes mesurent ce que les habitants jugent supportable.
Pour tenir le budget, l’avion a été construit comme un puzzle : siège éjectable et cockpit d’un avion d’entraînement T-38, train d’atterrissage de F-16, moteur de F/A-18. C’est la philosophie des « X-planes » depuis le Bell X-1 de Chuck Yeager en 1947 : un appareil, un seul objectif à prouver en vol.
Les drones vont-ils rendre les pilotes d’essai inutiles ?
À l’heure où les drones bon marché se multiplient, notamment dans la guerre en Ukraine, la question se pose. La NASA a elle-même envisagé un X-59 sans pilote, avant d’y renoncer : certifier un jet robotisé volant très vite au-dessus de zones habitées aurait coûté plus cher. L’agence a pourtant déjà testé des démonstrateurs pilotés à distance, comme le X-48, maquette d’aile volante d’environ 6 mètres d’envergure qui a volé en 2007. Peter Coen juge probable que les futurs X-planes soient sans équipage, sauf si la recherche porte sur le pilotage ou si un pilote revient moins cher.
Guy Gratton, professeur à l’université de Cranfield, défend l’humain dans la boucle : selon lui, un drone d’essai peut mobiliser jusqu’à quatre fois plus de personnel au sol, et l’on perd les enseignements qu’un pilote aurait relevés. Au Royaume-Uni, BAE Systems prépare d’ailleurs un démonstrateur piloté, réunissant une centaine de fournisseurs dont Rolls-Royce, qui doit voler en 2028 avec des moteurs d’Eurofighter Typhoon. Il servira à tester des technologies du GCAP, le futur avion de combat développé avec l’Italie et le Japon pour les années 2030.
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Image : NASA Armstrong Flight Research Center / NASA/Lori Losey, Public domain, via Wikimedia Commons






