Et si les centres de données de l’intelligence artificielle quittaient la Terre ? L’idée, défendue avec enthousiasme par Elon Musk ou Jeff Bezos, passe à l’épreuve des faits le 1er octobre. Ce jour-là, Google envoie en orbite MVP, le premier satellite expérimental de Suncatcher, son projet « moonshot » de data centers spatiaux annoncé l’an dernier.
Quatre puces et un kilowatt
L’engin, pas plus gros qu’un réfrigérateur, embarque quatre TPU, les processeurs maison que Google utilise pour entraîner et faire tourner ses modèles d’IA. Ses panneaux solaires ne fournissent qu’environ un kilowatt, selon le New York Times, soit la consommation d’un sèche-cheveux. On est loin des milliers de puces d’un data center terrestre, mais l’objectif est ailleurs : vérifier que le concept tient la route.
Pour gagner du temps, Google n’a pas conçu le satellite lui-même. Il a intégré ses puces dans une plateforme déjà construite par Planet Labs, spécialiste de l’imagerie satellitaire, plutôt que d’attendre les deux satellites sur mesure prévus pour 2027, qui restent d’ailleurs au programme. MVP partira à bord d’une fusée Falcon 9 de SpaceX, lors de la mission de covoiturage spatial Transporter-18, et ne fonctionnera que quelques mois.
Le vrai défi : évacuer la chaleur
Contrairement à l’électronique spatiale classique, durcie contre les rayonnements et les écarts de température, ces TPU sont exactement ceux qui équipent les serveurs de Google. Il faudra donc voir comment ils encaissent les vibrations du décollage et les particules capables de fausser un calcul en inversant un bit.
Le point le plus délicat reste le refroidissement. Dans le vide, impossible de ventiler : la chaleur doit être rayonnée vers l’espace. Google relie ses puces à des caloducs en aluminium et en cuivre via un matériau d’interface thermique souple, le tout aboutissant à un radiateur. Le système reste limité : les modèles Gemini ne pourront tourner que par séquences d’environ quinze minutes, avant une pause pour laisser le radiateur dissiper l’énergie accumulée.
Google le reconnaît lui-même : plusieurs années seront nécessaires avant que Suncatcher passe du stade de projet à celui de produit. Mais à l’heure où les data centers terrestres divisent de plus en plus, notamment pour leur appétit en électricité, la course à l’orbite est bel et bien lancée.
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Image : U.S. Space Force photo by Airman Enso Valle, Public domain, via Wikimedia Commons






