Le prestigieux concours de microscopie de Nikon est pris dans une polémique inattendue. La vidéo couronnée cette année dans la catégorie Small World In Motion, qui récompense depuis quinze ans des images et des séquences filmées au microscope, est en cours de réexamen : plusieurs scientifiques estiment qu’elle porte les traces d’une génération par intelligence artificielle.
Le lauréat, Ning Xu, chercheur à l’université Tsinghua en Chine, présente sa séquence comme l’enregistrement des cils, ces minuscules filaments mobiles qui tapissent les voies respiratoires, chez un enfant atteint d’une maladie rare. Les couleurs vives de la vidéo ne posent pas problème en soi : la colorisation est courante en microscopie et autorisée par le règlement.
Des cils trop grands et des formes qui surgissent de nulle part
Les critiques portent sur le contenu même des images. Selon plusieurs chercheurs, certaines structures ne correspondent ni à la forme ni au comportement de cellules réelles, et les cils paraissent anormalement grands. Edward Phelps, professeur associé à l’université de Floride, a relevé sous la publication de Nikon que des éléments semblent « apparaître et disparaître » d’une image à l’autre. Un doctorant de l’UT Southwestern Medical Center, Ian Donovan, affirme quant à lui avoir repéré dans l’image d’origine un filigrane caractéristique des contenus générés par IA. Deux anciens membres du jury ont également fait part de leurs doutes.
Ning Xu conteste toute infraction. Il reconnaît avoir utilisé l’IA pour distinguer et visualiser des détails dans des images reconstituées en niveaux de gris, mais assure qu’elle n’a servi à créer ni la séquence, ni les cils, ni leurs mouvements.
Nikon temporise
Le fabricant japonais indique que le chercheur coopère à son enquête et lui a transmis des documents techniques supplémentaires. Pour l’heure, Nikon affirme ne constater aucune violation du règlement, tout en promettant des précisions prochainement.
L’enjeu dépasse la récompense de 3 000 dollars. Patrick Hickey, classé cinquième de l’édition 2026 du concours photo Small World, rappelle que le règlement interdit explicitement l’IA générative et exige que les images soient réellement capturées au microscope. Pour les participants, souligne-t-il, ce prix est surtout une rare occasion de montrer au public la dimension artistique de la recherche, et il serait injuste qu’il revienne à une œuvre retouchée par une machine.
L’affaire illustre une question qui gagne toute l’imagerie scientifique : à partir de quand un traitement par IA, devenu banal pour améliorer des images, cesse-t-il de montrer la réalité pour la réinventer ?
Image : Louisa Howard, Michael Binder, Public domain, via Wikimedia Commons






