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Chauffer Londres avec la chaleur perdue : le pari à 90 millions de livres du Royaume-Uni

Chauffer Londres avec la chaleur perdue : le pari à 90 millions de livres du Royaume-Uni

Le gouvernement britannique veut faire de la chaleur gaspillée par les centres de données et les usines une source de chauffage domestique. Le ministère de la Sécurité énergétique et de la Neutralité carbone (DESNZ) annonce une enveloppe de 90 millions de livres pour créer ou moderniser des réseaux de chaleur, avec à la clé, selon lui, une facture de chauffage allégée pour plus de 750 000 foyers.

Des barges électriques sur la Tamise

La pièce maîtresse du plan est un « méga projet » londonien : acheminer de l’eau chaude sous la Tamise, par un tunnel, afin d’alimenter jusqu’à 650 000 logements de la capitale en chaleur décarbonée et de réduire leur dépendance au gaz. Le tunnel n’existe pas encore. En attendant, l’eau serait transportée chaque jour sur 25 kilomètres par des barges électriques depuis une usine de traitement des déchets située près de Bexley. Les 41 millions de livres consacrés à ce volet ne financent que les barges, dont la mise en service est prévue en 2028 ; les tunnels ne sont espérés que dans les années 2030, sans chiffrage à ce stade.

D’autres réseaux profiteront aussi de l’enveloppe : l’extension d’un système existant à Solihull, dans les Midlands, un réseau autour de Marble Arch et d’Oxford Street à Londres, ainsi qu’un projet entre Bexley et Greenwich qui pourrait desservir jusqu’à 100 000 logements une fois achevé.

Une idée séduisante, mais pas sans limites

Le principe est éprouvé depuis des décennies à Copenhague, Vienne, Amsterdam ou Berlin. Mais la chaleur d’un centre de données est tiède : d’après l’Uptime Institute, elle n’atteint généralement pas la température nécessaire au chauffage des logements, ce qui impose l’ajout de pompes à chaleur, elles-mêmes consommatrices d’électricité. Un rapport publié en 2024 par l’organisation professionnelle TechUK souligne en outre que la plupart des réseaux britanniques sont de troisième génération, moins efficaces que les réseaux de cinquième génération capables d’exploiter ces températures plus basses.

L’opinion, elle, semble convaincue. Selon un sondage du cabinet EnergiRaven, environ 60 % des Britanniques voudraient conditionner le permis de construire des centres de données au partage de leur chaleur, et 62 % se diraient plus favorables à un projet local qui s’y engage. Le cabinet plaide pour imposer cette infrastructure à tout nouveau site de plus de 1 MW. Pour Alan Howard, analyste chez Omdia, il s’agit encore davantage d’un concept que d’un projet, et les coûts d’un chantier aussi inhabituel pourraient s’envoler.

La France dispose déjà d’un exemple concret : à Saint-Denis, la chaleur d’un centre de données d’Equinix alimente le réseau qui chauffe le Centre aquatique olympique et le quartier voisin. Un modèle que Londres entend désormais déployer à bien plus grande échelle.

Image : Dmitry G, Public domain, via Wikimedia Commons

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