Washington se dote d’une nouvelle structure dédiée à l’intelligence artificielle. Dimanche, Donald Trump a annoncé sur son réseau Truth Social la création d’une « Super Intelligence Force », chargée de coordonner l’action du gouvernement fédéral pour que les États-Unis gardent la tête de la course à ce qu’il appelle désormais la « super intelligence ». Le président la présente comme une révolution plus importante encore que la révolution industrielle et qu’Internet.
Le nom n’a rien d’un hasard. Après avoir promis en septembre une « AI Force » et un « tsar de l’IA », le président a signé un décret visant à remplacer le terme d’intelligence artificielle par celui de « super intelligence ». Cette nouvelle étiquette a été reprise, non sans quelques maladresses, par les dirigeants de la tech réunis la semaine dernière à la Maison-Blanche pour signer un engagement de sécurité dépourvu de toute valeur contraignante.
Un attelage de hauts responsables
Selon le Wall Street Journal, c’est Jay Clayton, directeur du renseignement national et ancien président du gendarme boursier américain (SEC), qui présidera la structure, devenant de fait le nouveau « tsar » de l’IA. Il sera épaulé par trois vice-présidents : Andrew Ferguson, à la tête de la Federal Trade Commission, l’autorité de la concurrence et de la protection des consommateurs ; Emil Michael, sous-secrétaire à la Guerre chargé de la recherche et de l’ingénierie ; et Scott Kupor, qui dirige l’Office of Personnel Management, l’administration de la fonction publique fédérale.
D’après les informations du quotidien, le groupe disposera de 120 jours pour rendre un rapport sur les risques et les opportunités de l’IA. Sa charte prévoit d’élaborer des plans de réponse aux menaces rendues possibles par ces technologies, tout en évitant une réglementation jugée excessive qui freinerait l’innovation et la concurrence.
La vitesse avant la prudence
Le choix de Jay Clayton en dit long sur l’orientation retenue. L’intéressé a déjà estimé qu’il serait irresponsable pour les États-Unis de « reculer » sur l’IA pendant que des pays comme la Chine progressent, et il considère que l’un des plus grands dangers serait de ne pas arriver premier. Une ligne cohérente avec celle de Donald Trump, qui a régulièrement balayé le débat sur la sécurité de l’IA en le qualifiant de canular.
Pour les observateurs européens, le contraste est saisissant : là où l’Union européenne a choisi d’encadrer l’IA par la loi, Washington mise sur une coordination centralisée tournée d’abord vers la compétition technologique, en particulier face à Pékin. Le rapport attendu d’ici quatre mois devrait préciser jusqu’où la Maison-Blanche est prête à aller pour encadrer ces risques.
Image : Office of the Director of National Intelligence, Public domain, via Wikimedia Commons






