Washington serre la vis sur l’immigration qualifiée. Le jeudi 8 octobre, le vice-président américain JD Vance et le secrétaire au Travail Keith Sonderling ont annoncé que plusieurs grands noms de la tech ne pourront plus recourir à PERM, la procédure de certification du ministère du Travail qui permet de faire passer un salarié titulaire d’un visa H-1B au statut de résident permanent, la fameuse « green card ».
Sont visés deux groupes américains, Microsoft et Adobe, mais aussi les poids lourds indiens des services informatiques Infosys, Tata, Wipro et HCL, ainsi que le français Capgemini.
Des accusations de « fraude » contestées
Pour justifier la mesure, Keith Sonderling évoque des enquêtes pénales et des soupçons de « fraude et d’abus ». Selon ses chiffres, ces entreprises auraient sollicité près de trois millions de travailleurs étrangers depuis 2009, obtenu plus de 230 000 approbations de visas H-1B et plus de 100 000 certifications de travail permanentes. Autant d’emplois, affirme-t-il, qui auraient échappé aux Américains. JD Vance a, lui, directement interpellé Microsoft, lui reprochant de licencier des salariés américains pour les remplacer par de la main-d’œuvre étrangère.
Le géant de Redmond, dont le patron Satya Nadella a lui-même été titulaire d’un visa H-1B, rejette ces accusations. L’entreprise, qui a supprimé plus de 20 000 postes depuis le début de 2025, assure ne déposer de demandes que pour des profils répondant aux critères exigeants de ce visa et rémunérer ces salariés au même niveau que leurs collègues à poste égal. Elle promet de transmettre davantage d’informations à l’administration Trump.
L’Inde minimise l’impact
Du côté indien, la fédération professionnelle NASSCOM affiche une relative sérénité. Elle estime que l’immigration et la mobilité des talents qualifiés sont deux sujets distincts et rappelle que les sociétés indiennes ont nettement réduit leur dépendance au H-1B en recrutant davantage sur place. Conséquence, selon elle : le nombre de salariés passant du H-1B à la résidence permanente via PERM reste limité.
Le débat n’est pas nouveau. Les détracteurs du H-1B accusent depuis longtemps les entreprises de s’en servir pour faire venir des profils moins bien payés. Mais en ciblant nommément des groupes précis, Washington franchit un cap. Pour les ingénieurs étrangers déjà installés aux États-Unis chez ces employeurs, la perspective d’une installation durable s’éloigne, et les sociétés de services, Capgemini compris, pourraient devoir revoir la façon dont elles fidélisent leurs équipes sur le sol américain.






