Longtemps cantonné aux applications pour iPhone, iPad et Mac, le langage Swift d’Apple gagne un soutien de poids côté serveur. Google vient de publier des bibliothèques clientes officielles permettant d’appeler les API de Google Cloud directement depuis du code Swift. Une façon, pour le géant de Mountain View, de parier que ce langage peut aussi faire tourner des services en ligne, et pas seulement des interfaces.
Ce que propose Google
Les nouvelles bibliothèques exigent Swift 6.2 ou une version plus récente. Elles s’appuient sur SwiftNIO, le framework réseau asynchrone d’Apple, et prennent en charge le multiplexage HTTP/2, le transport gRPC ainsi que les vérifications de sécurité contre les accès concurrents aux données (les « data races »), contrôlées dès la compilation. Google les destine aux serveurs, aux conteneurs et aux environnements DevOps, par exemple pour bâtir des microservices avec des frameworks web Swift comme Vapor ou Hummingbird.
Karl Weinmeister, directeur des relations développeurs, et l’ingénieur Carlos O’Ryan défendent ce choix dans un billet de blog. Selon eux, Swift a longtemps été vu comme un langage d’interface lié aux appareils Apple, mais il est devenu avec la version 6 un langage crédible pour le cloud et les systèmes. Ils mettent en avant son environnement d’exécution léger, sa gestion de la mémoire par comptage automatique de références (ARC) et une syntaxe plus accessible que celle de C++ ou de Rust, tout en offrant un contrôle fin des ressources. Les erreurs de concurrence, résument-ils, sont repérées « avant même que le binaire ne soit compilé ».
Dix ans de tentatives
L’ambition n’est pas nouvelle. Apple a ouvert le code de Swift en 2015, et IBM l’a proposé dès 2016 sur son cloud Bluemix avant de faire marche arrière en 2019. Un groupe de travail dédié aux serveurs a vu le jour en 2018, la même année que SwiftNIO, mais l’adoption est restée timide : Amazon, par exemple, a peu fait évoluer ces dernières années son propre framework serveur, Smoke. C’est surtout l’arrivée de Swift 6, en 2024, avec ses garde-fous contre les accès concurrents, qui a relancé l’intérêt.
La popularité du langage, elle, s’est tassée : 9e de l’indice TIOBE en janvier 2020, il pointe aujourd’hui au 18e rang, et seulement au 20e dans l’enquête développeurs 2025 de Stack Overflow.
Pour les équipes qui codent déjà leurs applications mobiles en Swift, l’intérêt est concret : pouvoir écrire aussi la partie serveur, hébergée sur Google Cloud, dans le même langage. Reste une inconnue de taille : à l’heure où les assistants de programmation par IA écrivent une part croissante du code, l’argument de la facilité d’apprentissage pourrait peser moins lourd qu’avant.
Image : Raysonho @ Open Grid Scheduler / Grid Engine, CC0, via Wikimedia Commons






