Faute de soldats en nombre suffisant face à la Russie, l’Ukraine confie de plus en plus de missions à des machines. Ses robots terrestres, de petits véhicules à chenilles ou à roues pilotés à distance, sont désormais au cœur de l’opération Vivaldi, la contre-offensive menée depuis mai dans la région de Donetsk par le 3e corps d’armée ukrainien.
Des robots parachutés derrière les lignes
Le 21 septembre, selon la plateforme gouvernementale ukrainienne United24, de lourds drones bombardiers ont largué des robots chargés d’explosifs à plus de dix kilomètres à l’intérieur du territoire tenu par les Russes. L’objectif : franchir d’un coup les terrains difficiles et les défenses pour frapper les lignes de ravitaillement à l’arrière. Kiev présente l’opération comme une première mondiale ; ce n’est pas la première fois que des drones transportent des robots, mais jamais à cette échelle.
Quelques jours plus tard, le média militaire ukrainien Militarnyi a rapporté que d’autres robots avaient déminé près de 30 kilomètres d’itinéraires avant le passage de l’infanterie, un travail qui aurait normalement mobilisé deux compagnies de sapeurs. Dans le secteur de ce corps d’armée, environ 60 % des mines seraient déjà neutralisées par ces engins et leurs opérateurs. Ravitaillement, évacuation des blessés, tir à la mitrailleuse ou attaque kamikaze : la liste des tâches confiées aux robots ne cesse de s’allonger.
Une contre-offensive qui porte ses fruits
D’après l’Institute for the Study of War, un centre d’analyse basé à Washington, Vivaldi a permis de reprendre jusqu’à 250 km² et de mettre en échec la branche nord d’une manœuvre russe d’encerclement visant la « ceinture de forteresses », ces villes fortifiées de l’est ukrainien. Le secret entourant l’opération, les frappes de drones ukrainiens contre les dépôts de carburant russes, qui privent de diesel les systèmes de brouillage adverses, et la neutralisation de quelque 20 000 drones russes ont aussi pesé. L’unité d’élite russe de drones Rubicon aurait même été retirée du secteur.
Rien n’est joué pour autant : Moscou regroupe blindés et pilotes de drones plus au sud en vue d’offensives d’automne, et copie à son tour nombre d’innovations ukrainiennes. Pour l’Europe, qui observe ce laboratoire de la guerre robotisée à ses portes, la leçon est claire : la prochaine génération de conflits se jouera autant sur les écrans des opérateurs que dans les tranchées.
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