Sotheby’s et la vente aux enchères d’un grand T. rex soulèvent des inquiétudes : le battage médiatique et la richesse bouleversent la science
La mise aux enchères par Sotheby’s d’un squelette de Tyrannosaurus rex quasi complet a ravivé les inquiétudes parmi les paléontologues concernant l’impact de la commercialisation des fossiles sur la recherche scientifique. Le spécimen, surnommé « Apex », devrait rapporter entre 5 et 8 millions de dollars lors d’une vente prévue en juillet 2024.
Les scientifiques craignent que lorsque des fossiles rares finissent dans des collections privées, ils deviennent inaccessibles pour la recherche. Cette préoccupation est particulièrement aiguë dans le cas des dinosaures comme le T. rex, dont seuls environ 50 spécimens relativement complets ont été découverts.
« Chaque fois qu’un fossile important est vendu à un collectionneur privé, c’est une perte potentielle pour la science », explique un paléontologue qui a préféré garder l’anonymat. « Nous ne pouvons pas étudier ce que nous ne pouvons pas accéder. »
La vente de fossiles de dinosaures a connu une croissance explosive ces dernières années, alimentée par des acheteurs fortunés et des célébrités. En 2020, un autre T. rex nommé « Stan » s’est vendu pour un montant record de 31,8 millions de dollars. Ces prix stratosphériques ont transformé la chasse aux fossiles en une entreprise commerciale lucrative.
Les défenseurs du commerce des fossiles soutiennent qu’il incite à la découverte de nouveaux spécimens et finance des fouilles qui autrement ne se produiraient pas. Ils affirment également que de nombreux collectionneurs privés permettent aux scientifiques d’accéder à leurs acquisitions.
Cependant, les critiques notent que l’accès n’est pas garanti et peut être révoqué à tout moment. De plus, les spécimens dans des collections privées ne peuvent pas être utilisés pour désigner officiellement de nouvelles espèces selon les règles scientifiques.
La question soulève également des préoccupations éthiques concernant qui devrait posséder ces artefacts de l’histoire naturelle. Beaucoup estiment que les fossiles représentent un patrimoine collectif qui devrait appartenir au domaine public plutôt qu’à des individus fortunés.
Certains États américains ont adopté des lois réglementant la collecte de fossiles sur les terres publiques, mais la plupart des fossiles trouvés sur des terrains privés peuvent être vendus légalement. Ce patchwork de réglementations complique les efforts visant à préserver les spécimens scientifiquement importants.
Alors que la vente d’Apex approche, le débat sur la commercialisation des fossiles continue de diviser la communauté paléontologique et de soulever des questions difficiles sur l’équilibre entre les intérêts privés et le bien public dans la science.






