Cloudflare veut prendre une longueur d’avance sur la menace quantique. Le géant des infrastructures web a annoncé mardi son intention de délivrer des certificats TLS capables de résister aux futurs ordinateurs quantiques, ce qui en ferait l’une des toutes premières autorités de certification à franchir ce pas. Ces certificats sont ceux qui garantissent, derrière le petit cadenas du navigateur, qu’un site est bien celui qu’il prétend être.
Des certificats hybrides, gratuits pour tous
L’entreprise s’appuiera sur une plateforme open source capable d’émettre à la fois des certificats classiques et leur équivalent post-quantique, baptisé « Merkle Tree Certificates ». Ces certificats hybrides seront proposés gratuitement, aussi bien aux clients payants qu’aux utilisateurs de l’offre gratuite. Pour qu’ils soient reconnus d’emblée par les navigateurs et systèmes d’exploitation, Cloudflare va racheter à l’autorité de certification GlobalSign une racine déjà approuvée. Selon l’entreprise, des millions de sites pourront ainsi basculer d’un simple clic, sans perte de performances.
Il ne faut toutefois pas s’attendre à une disponibilité immédiate. Cloudflare précise qu’aucun certificat n’est encore émis et que cela prendra « un peu de temps ». Pour l’instant, la société s’engage surtout à mener ce chantier publiquement, à partager ses étapes au fil de l’eau et à travailler avec les programmes de certificats racines des éditeurs et le reste de l’écosystème.
Pourquoi on ne peut pas simplement changer d’algorithme
Le problème est avant tout une question de taille. Transposer tels quels les certificats X.509 actuels en version post-quantique multiplierait par environ 40 le volume de données échangées lors de chaque poignée de main TLS, cette négociation qui a lieu à chaque nouvelle connexion entre un navigateur et un serveur. Une telle surcharge en calcul et en bande passante rendrait le web inutilisable en l’état.
D’où la nécessité de repenser l’architecture même de l’infrastructure à clés publiques du web : il faut des signatures résistantes au quantique suffisamment compactes pour circuler lors des requêtes, et qui puissent être inscrites dans les journaux de transparence chargés d’empêcher l’attribution de faux certificats à un site. Ce chantier devrait s’étaler sur plusieurs années et mobiliser les concepteurs de systèmes d’exploitation, de navigateurs, les autorités de certification et les acteurs de l’infrastructure internet.
Pour les éditeurs de sites, l’enjeu est concret : le jour où la bascule sera possible, ceux qui passent par Cloudflare n’auront pas à gérer eux-mêmes la migration. Reste à voir à quel rythme les navigateurs accepteront ce nouveau format.
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Image : Cloudflare, Inc, Public domain, via Wikimedia Commons






