Faire tourner Linux sur les Mac récents d’Apple reste un travail de fourmi, mené puce par puce. Un nouveau venu affirme avoir brûlé les étapes : Gravity Linux, une distribution dérivée de Fedora, démarre déjà un bureau graphique accéléré sur le Mac mini équipé de la puce M4, alors que le projet de référence en la matière, Asahi Linux, n’en est qu’à une prise en charge préliminaire du M3, sans accélération graphique.
Une scission autour de l’IA
Gravity est né d’un fork d’Asahi Linux, et la raison de cette séparation est clairement assumée par ses auteurs : la place des modèles de langage dans le développement. Asahi interdit globalement les outils d’IA générative pour les contributions de fond. Gravity, au contraire, les autorise. Son responsable, Cody Ho, passé par Apple puis par OpenAI, explique avoir construit avec son coéquipier Niklas Sheth un pilote graphique pour le M4 en un mois environ, en grande partie grâce à des agents de code fonctionnant en boucle avec peu de supervision humaine.
Pour limiter le risque juridique propre à la rétro-ingénierie, le projet applique une règle de « salle blanche » : tout développeur dont l’assistant IA a examiné du code désassemblé d’un composant Apple est considéré comme « contaminé » pour ce composant et ne peut pas en écrire la réimplémentation. Selon l’équipe, le travail sur le GPU s’est appuyé uniquement sur des traces matérielles, des tests en direct et des shaders maison, sans inspection des binaires d’Apple. Elle reconnaît aussi avoir profité des travaux antérieurs d’Asahi sur les puces M1 et M2.
Une alpha réservée aux développeurs
Il ne faut pas s’emballer. Cette première version expérimentale, qui gère OpenGL ES 3.0 et OpenGL 3.3, vise explicitement les développeurs. La sortie HDMI fonctionne, mais pas les écrans en USB-C, l’USB4, le Thunderbolt ni la mise en veille, et la gestion de l’énergie reste incomplète. Le code devra encore être longuement testé, relu et restructuré avant de pouvoir intégrer le noyau Linux officiel, ce qui pourrait d’ailleurs attendre que le pilote d’Asahi pour M1 et M2 y soit lui-même accepté.
L’épisode tombe à un moment délicat pour Asahi, qui a perdu en 2025 plusieurs figures majeures, dont son fondateur Hector Martin et les principaux artisans de son pilote graphique. Gravity ne prouve pas pour autant que la politique anti-IA d’Asahi l’a freiné : les deux projets n’ont ni la même maturité ni le même périmètre matériel. Mais il offre une démonstration concrète de ce que l’assistance par IA peut accélérer dans un domaine aussi ingrat que la rétro-ingénierie, tout en rouvrant la question de la propriété intellectuelle du code ainsi produit.
À lire aussi : Apple pourrait mettre plusieurs mois à rattraper la demande pour les Mac mini et Studio






