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Câbles sous-marins : le dos d’Internet face à des risques de sabotage croissants

Câbles sous-marins : le dos d'Internet face à des risques de sabotage croissants

Malgré l’essor de Starlink et des constellations de satellites, l’essentiel du trafic Internet mondial transite toujours par des câbles sous-marins en fibre optique. Ils cohabitent au fond des océans avec des pipelines et des câbles d’alimentation électrique. Or, ces liaisons vitales sont de plus en plus exposées au risque de sabotage, à mesure que les conflits ouverts et la guerre dite « hybride » se multiplient.

Une menace décrite dans un nouveau livre

Ce constat est au cœur d’Undersea War, un ouvrage d’Elisabeth Braw, chercheuse senior à l’Atlantic Council, où elle dirige une initiative consacrée aux menaces pesant sur l’ordre maritime mondial. Elle y recense les incidents suspects au cours desquels des navires traînent leur ancre pendant une durée inhabituelle et sectionnent des câbles ou des conduites, de la mer Baltique jusqu’au Pacifique.

L’autrice rappelle toutefois que près de 60 % des dommages causés aux câbles sous-marins résultent d’erreurs humaines : filets lestés ou ancres qui raclent le fond lors d’activités de pêche ou de transport maritime. Les tempêtes et les glissements de terrain sous-marins expliquent une part plus réduite des cas. Au total, entre 150 et 200 câbles sont endommagés chaque année, et la plupart sont réparés rapidement.

Des incidents qui font l’objet de poursuites

La tension entre grandes puissances et les guerres en Europe et au Moyen-Orient ont pourtant renforcé la vigilance. Plusieurs gouvernements enquêtent, voire poursuivent des équipages soupçonnés d’avoir endommagé volontairement des câbles. L’un des épisodes les plus marquants est celui du 25 décembre 2024 : le pétrolier Eagle S, lié à la Russie, a traîné son ancre sur environ 90 kilomètres au fond de la Baltique. Il a coupé ou abîmé quatre câbles de données ainsi que le câble électrique Estlink 2, qui relie les réseaux des pays baltes et nordiques.

L’un de ces câbles de données avait déjà été sectionné un mois plus tôt, en novembre 2024, par le cargo chinois Yi Peng 3, qui avait endommagé deux câbles dans la région. L’équipage de ce dernier n’a pas été poursuivi par les autorités européennes, alors que la Finlande a tenté de poursuivre trois officiers supérieurs de l’Eagle S.

Pour les lecteurs européens, l’enjeu est concret : une grande partie des échanges entre le continent et le reste du monde dépend de ces liaisons discrètes, difficiles à surveiller sur des milliers de kilomètres. La question n’est donc pas seulement de réparer vite, mais de distinguer l’accident du sabotage et d’en tirer les conséquences juridiques.

Image : Ka23 13, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

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