Être imité dans Saturday Night Live est devenu un passage obligé pour les figures publiques américaines. Dario Amodei, cofondateur et directeur général d’Anthropic, l’entreprise qui développe l’assistant Claude, y a eu droit à son tour samedi soir. Signe que les débats sur les dangers de l’intelligence artificielle sont désormais sortis des cercles spécialisés pour devenir un sujet de satire grand public.
Un patron de l’IA en proie à ses propres doutes
Le sketch s’est glissé dans « Weekend Update », la rubrique de faux journal télévisé de l’émission. Son présentateur, Michael Che, visiblement hésitant sur la prononciation du nom Amodei, a introduit la séquence en évoquant une tournée médiatique laborieuse du dirigeant, au cours de laquelle il aurait semblé donner raison à un ancien salarié convaincu que l’IA pourrait anéantir l’humanité.
C’est l’humoriste Jane Wickline, membre de la troupe, qui a endossé le rôle, perruque à l’appui. Son Amodei répond par phrases hachées et bascule par moments dans un dialogue schizophrène avec sa part d’ombre, façon Gollum. Le personnage finit par confesser que « l’IA est le diable » et qu’il en est le créateur. Le ressort comique repose sur un paradoxe : un industriel qui alerte sur les risques de la technologie tout en continuant à la construire. La fausse version d’Amodei assure ainsi que les dirigeants du secteur sont unanimes : ils ne cautionnent pas ce qu’ils font. Elle présente l’IA non comme une arme, mais comme un outil… pour fabriquer des armes, et implore le public de l’implorer d’arrêter.
Même les promesses du secteur y passent. Interrogé sur l’espoir de guérir le cancer grâce à l’IA, le personnage répond que, dans dix ans, il y a « environ 10 % de chances » que le cancer ne soit plus un problème pour personne, un clin d’œil à peine voilé aux probabilités de catastrophe qui circulent dans le milieu.
Une satire qui colle à l’actualité
Le sketch ne sort pas de nulle part. Début septembre, un chercheur qui venait de quitter Anthropic a affirmé publiquement que l’IA avait plus de 10 % de chances de provoquer l’extinction de l’humanité au cours de la prochaine décennie, une déclaration largement reprise aux États-Unis. Dans la foulée, Dario Amodei a multiplié les interventions dans les médias et plaidé pour un ralentissement du rythme de développement de l’IA.
Pour Anthropic, qui a bâti son image sur la prudence et la sécurité, cette caricature est à double tranchant : elle confirme la notoriété nouvelle de son patron auprès du grand public, mais résume aussi, en quelques minutes, le reproche que beaucoup adressent aux géants de l’IA, celui de sonner l’alarme tout en accélérant.
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Image : The White House, Public domain, via Wikimedia Commons






