La Suède revient aux fondamentaux, échangeant les écrans contre les livres dans les salles de classe
La Suède, autrefois pionnière de la numérisation de l’éducation, fait marche arrière. Le pays scandinave réintroduit les manuels scolaires et limite l’utilisation des tablettes et ordinateurs en classe après avoir constaté une baisse des résultats en lecture des élèves.
Ce changement de cap majeur intervient après que des études ont montré une corrélation entre l’utilisation intensive d’écrans et la diminution des capacités de lecture et de concentration chez les jeunes. Le gouvernement suédois a décidé d’investir massivement dans les manuels imprimés, allouant plus de 685 millions de couronnes suédoises (environ 60 millions d’euros) sur cinq ans pour assurer que chaque élève ait accès à des livres physiques dans toutes les matières principales.
La ministre de l’Éducation, Lotta Edholm, a été claire sur les raisons de ce revirement : « Les élèves ont besoin de manuels imprimés. Il existe des recherches scientifiques claires et solides qui montrent que l’apprentissage numérique ne fonctionne pas aussi bien. »
Cette décision marque un tournant spectaculaire pour un pays qui avait embrassé avec enthousiasme la révolution numérique dans l’éducation. Au début des années 2010, la Suède avait investi massivement dans les technologies de l’information en classe, équipant les écoles d’ordinateurs portables, de tablettes et d’outils d’apprentissage numériques. À l’époque, cela était considéré comme progressiste et tourné vers l’avenir.
Cependant, les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes. Les scores de la Suède au Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA), une évaluation mondiale des compétences des élèves de 15 ans, ont chuté de manière significative en lecture. En 2012, la Suède se classait au 9e rang mondial en compréhension de lecture. En 2018, elle était tombée à la 17e place. Bien que les scores se soient légèrement améliorés dans la dernière évaluation de 2022, le pays reste en dessous de ses performances antérieures.
Les experts éducatifs attribuent une partie de ce déclin à la dépendance excessive aux écrans. La recherche a montré que la lecture sur papier favorise une meilleure compréhension et rétention que la lecture sur écrans numériques. De plus, l’utilisation constante de technologies en classe peut constituer une distraction, avec des élèves passant du temps sur des sites web et applications non liés aux cours plutôt que de se concentrer sur l’apprentissage.
« Quand on lit sur un écran, on a tendance à parcourir le texte plutôt qu’à le lire attentivement », explique le professeur Maryanne Wolf, neuroscientifique cognitive à l’UCLA et experte de la lecture. « Le cerveau traite l’information différemment quand on lit sur papier. On ralentit, on réfléchit davantage et on retient mieux. »
L’initiative suédoise ne se limite pas à acheter des manuels. Les écoles sont également encouragées à limiter le temps d’écran et à se concentrer sur les méthodes d’enseignement traditionnelles. Les enseignants reçoivent une formation sur la façon d’intégrer efficacement les livres dans leurs cours et sur la façon de réduire la dépendance aux outils numériques.
Cette tendance n’est pas unique à la Suède. D’autres pays réévaluent également leur approche de la technologie en éducation. Les Pays-Bas, par exemple, ont récemment interdit les smartphones dans les écoles pour réduire les distractions et améliorer la concentration. En France, une loi de 2018 interdit déjà l’utilisation des téléphones portables dans les écoles primaires et collèges.
Aux États-Unis, certains districts scolaires adoptent également des politiques visant à limiter le temps d’écran et à réintroduire davantage de matériaux imprimés. L’État de Virginie, par exemple, a récemment publié des directives encourageant les écoles à équilibrer l’apprentissage numérique avec l’enseignement traditionnel basé sur les manuels.
Le débat sur la technologie en éducation est complexe. Les outils numériques offrent des avantages indéniables, notamment l’accès à de vastes ressources d’information, des expériences d’apprentissage interactives et la possibilité de personnaliser l’enseignement selon les besoins individuels des élèves. Cependant, les preuves suggèrent qu’une utilisation excessive peut avoir des conséquences négatives, particulièrement pour les jeunes apprenants dont le cerveau est encore en développement.
La clé, selon de nombreux experts, est l’équilibre. La technologie ne devrait pas être complètement éliminée de la classe, mais elle devrait être utilisée de manière réfléchie et stratégique. Les manuels imprimés et les méthodes d’enseignement traditionnelles ont encore un rôle crucial à jouer dans l’éducation, en particulier pour développer les compétences fondamentales en lecture et en pensée critique.
La décision de la Suède de revenir aux livres est un rappel important que plus récent ne signifie pas toujours meilleur. Alors que les pays du monde entier continuent d’explorer comment intégrer au mieux la technologie dans l’éducation, l’expérience suédoise offre une leçon précieuse : parfois, les anciennes méthodes sont les meilleures.
L’impact à long terme de ce changement de politique reste à voir. Il faudra des années pour déterminer si le retour aux manuels imprimés conduit à une amélioration significative des résultats scolaires. Mais pour l’instant, la Suède parie que les livres, et non les écrans, sont la voie vers un meilleur apprentissage.






