Nous étudions les pandémies, et la résurgence de la rougeole est un signe inquiétant de ce qui nous attend
La rougeole connaît un retour en force aux États-Unis. Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies, les cas de rougeole ont augmenté de plus de 1 100 % en 2024 par rapport à 2023. Cette année est en passe de devenir l’une des pires années pour la rougeole depuis que la maladie a été déclarée éliminée aux États-Unis en 2000.
Cette résurgence n’est pas une surprise pour les chercheurs qui étudient les maladies infectieuses. Elle est la conséquence prévisible de la baisse des taux de vaccination et d’un système de santé publique affaibli.
Mais la rougeole est plus qu’un simple problème de santé publique. C’est un signal d’alarme.
La rougeole est l’une des maladies les plus contagieuses connues. Elle se propage si facilement qu’environ 95 % de la population doit être vaccinée pour prévenir les épidémies. Lorsque les taux de vaccination chutent en dessous de ce seuil, la maladie trouve des populations vulnérables et se propage rapidement.
C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui. Les taux de vaccination contre la rougeole chez les enfants ont diminué pendant la pandémie de COVID-19 et ne se sont pas complètement rétablis. La désinformation sur les vaccins, alimentée par les médias sociaux et certains personnalités publiques, a érodé la confiance dans la vaccination. Et les coupes budgétaires dans les programmes de santé publique ont affaibli notre capacité à surveiller et à répondre aux épidémies.
Le résultat est un système de défense affaibli contre les maladies évitables.
Ce qui rend cette situation particulièrement alarmante, c’est que la rougeole n’est qu’un indicateur. Si nous ne pouvons pas maintenir l’immunité collective contre une maladie que nous avons les outils pour contrôler, que se passera-t-il lorsque nous serons confrontés à une nouvelle menace pandémique?
L’histoire nous enseigne que les pandémies ne sont pas des événements rares. Elles surviennent avec une régularité troublante. La grippe espagnole de 1918, la grippe asiatique de 1957, la grippe de Hong Kong de 1968, le VIH/sida dans les années 1980, le SRAS en 2003, la grippe H1N1 en 2009 et le COVID-19 en 2020 ne sont que quelques exemples du siècle dernier.
Les scientifiques avertissent depuis longtemps qu’une autre pandémie est inévitable. La mondialisation, le changement climatique, la déforestation et l’urbanisation créent tous des conditions propices à l’émergence et à la propagation de nouvelles maladies infectieuses.
La rougeole nous montre à quel point nous sommes vulnérables. Elle révèle les failles de notre infrastructure de santé publique et les conséquences de la complaisance.
Lorsque la prochaine pandémie arrivera et elle arrivera nous devrons compter sur les mêmes systèmes que nous négligeons actuellement. Nous aurons besoin d’une surveillance robuste des maladies, de laboratoires de santé publique bien financés, d’une confiance du public dans les autorités sanitaires et de taux de vaccination élevés.
En ce moment, nous échouons sur tous ces fronts.
Les départements de santé publique à travers le pays sont confrontés à des restrictions budgétaires. Le personnel de santé publique qualifié quitte le secteur après avoir été épuisé et harcelé pendant la pandémie de COVID-19. Et la confiance dans les institutions de santé publique a été gravement endommagée.
Nous devons inverser ces tendances avant qu’il ne soit trop tard.
Cela commence par reconnaître que la santé publique est un investissement, pas une dépense. Chaque dollar dépensé en prévention économise plusieurs dollars en coûts de traitement et en perte de productivité. Les vaccins sont parmi les interventions de santé publique les plus rentables jamais développées.
Nous devons également lutter contre la désinformation sur les vaccins. Cela nécessite non seulement de corriger les fausses informations, mais aussi de reconstruire la confiance. Les autorités sanitaires doivent communiquer de manière transparente, admettre les incertitudes et impliquer les communautés dans la prise de décision.
Enfin, nous devons renforcer notre infrastructure de santé publique. Cela signifie financer adéquatement les départements de santé publique, investir dans la surveillance des maladies et soutenir le personnel de santé publique.
La résurgence de la rougeole est un test que nous sommes en train d’échouer. Mais c’est aussi une opportunité. C’est un signal d’alarme qui nous dit que nos défenses sont affaiblies et que nous devons agir maintenant.
La prochaine pandémie ne nous avertira pas avant d’arriver. Elle ne nous donnera pas le temps de reconstruire nos systèmes de santé publique ou de restaurer la confiance dans les vaccins. Elle exploitera simplement nos vulnérabilités.
La rougeole nous montre exactement où se trouvent ces vulnérabilités. La question est de savoir si nous allons écouter.






